Instagram est devenu payant (et c’est très cher)

Publié le 11 Nov 2023
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Si vous habitez en Europe, vous aurez certainement eu ce choix : payer ou continuer comme actuellement. Pourquoi ? Pourquoi si cher ?

Selon la vidéo ci-dessous, ce serait la manière de Meta (la maison mère d’Instagram) de se plier aux normes européennes qui lui ont déjà valu une amende de 390 000 000 €, une bagatelle en rapport avec son chiffre d’affaires, mais suffisamment pour qu’elle cherche une solution au problème. Selon un jugement européen, proposer une alternative payante pourrait permettre à une entreprise à ne pas demander le consentement de ses utilisateurs qui préfèrent la version payante. C’est en tout cas l’essai que Meta tente en Europe.

Il faut dire que sur ce coup, ils ont particulièrement la main lourde : 12 CHF ou 12,99 €, soit bien plus qu’Amazon Prime (9,99 CHF), AppleTV+ (10,90 CHF) ou Netflix (11,90) et à peine moins que Disney+ (12,90 CHF). Pour du contenu qu’ils ne produisent pas !

De là à se venger sur les consommateurs européens, il n’y a qu’un pas que j’ai peu de scrupules à franchir. Surtout quand on sait que le manque à gagner des données publicitaires perdues tourne aux environs de 5.- par client !

Pour aller plus loin, je vous invite à lire cette publication qui résume les droits et limites de Facebook.

Des états qui cherchent à reprendre le contrôle ?

Alors que les multinationales de la tech deviennent des mastodontes au chiffre d’affaires équivalent à celui de (plus ou moins) petits états, les gouvernements, européens en particulier, essaient de reprendre la main et d’imposer leur vision de la défense des consommateurs à ces grands groupes, pour la plupart américains.

  • On a eu la prise USBC exigée à Apple, comme à tous les fabricants de téléphones portables (dont la plupart l’utilisaient déjà). Personnellement, ça me simplifie la vie, mais ce n’est pas un élément décisif pour moi. Certainement que le côté écologique y gagne, et peut-être même mon économie puisque cela me permet d’utiliser un type de câble en moins.
  • Le RGPD a mis au pas un certain nombre d’entreprises qui exercent sur le territoire européen. C’était censé être bien pour le consommateur, et je pense que cela l’est dans l’immense majorité des cas. Cependant, la réponse de Meta à cette obligation laisse songeur.

Cela s’est aussi vu dans les amendes imposées par l’Union européenne à Google pour abus de position dominante avec Android.

Les leçons à en tirer

Rien n’est vraiment gratuit (ou presque).

Depuis longtemps, on sait que si un produit est gratuit, c’est que nous sommes le paiement, enfin nos données. Parfois, quelques développeurs donnent de leur expertise et de leur temps pour proposer des applications réellement gratuites mais dans l’immense majorité des cas, les lois du commerce s’appliquent.

La leçon de la grenouille

Vous avez certainement entendu parler de cette grenouille que l’on place dans une marmite. On allume le feu et on fait monter la température progressivement. La grenouille ne s’en rend pas compte jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus rien faire et termine ébouillantée. N’en est-il pas de même pour nous ? À moins de faire un effort important, pour la plupart d’entre nous, quitter Instagram (ou un autre réseau social) n’est pas une option. Nous nous retrouvons donc avec le choix de payer une somme faramineuse (pour un loisir qui ne le vaut pas) ou à donner notre autorisation pour que nos données soient consommées de manière immodérée.

Cependant, et à l’encontre de certains avis alarmistes, pour ceux qui ne passeront pas à la caisse, dont je suis, cela ne changera rien : nos données ne seront pas plus exploitées qu’avant. Et, pour terminer, la question de la légalité des conditions générales de Meta en Europe ne semble pas réglée avec ce nouvel abonnement.

Illustration réalisée avec Dall-e (comme l’image d’entête)

Les modèles économiques des applications

Le coup d’éclat de Meta avec la proposition d’un abonnement payant pour utiliser Instagram et Facebook met en lumière différents éléments encore enfouis jusque-là.

Les applications sont presque toutes commerciales : les concepteurs et les sociétés qui les emploient veulent gagner de l’argent et utilisent plusieurs modèles économiques sont utilisés.

Tout gratuit avec publicité

  • C’était le cas d’Instagram et de Facebook. C’est le cas de Google (moteur de recherche et Gmail), c’est aussi le modèle utilisé par Anibis, par exemple.

Gratuites en version limitée et payante, en version avancée (pro), ou offres freemium

Il s’agit d’une immense part du marché. C’est peut-être le modèle le plus intéressant en même temps pour les consommateurs et les éditeurs. Le consommateur a accès à une application de bonne qualité sans publicité. Tant qu’il l’utilise de manière personnelle, ou à petite échelle, il en bénéficie de manière gratuite. Lorsque sa demande est plus importante, qu’il l’utilise à une plus large échelle ou qu’il désire des options supplémentaires, il paie,

Vraiment gratuites

  • Les applications de service liées à de grandes marques ou enseignes (Landi météo par exemple) qui ne partagent que de la publicité pour leurs propres services.
  • Les applications liées à un produit payant, qui sont comme des « accompagnants gratuits » voire nécessaires au fonctionnement du produit. Je pense particulièrement aux applications liées aux appareils photo, pour prendre des clichés à distance ou envoyer les prises de vue sur les réseaux via un téléphone intelligent, mais également toutes les applications liées aux écosystèmes Windows, Android ou Apple livrées avec le produit (et servent vraiment à une activité) : le calendrier, l’application de notes,…
  • Les applications de fondations, comme Signal ou La Digitale, gratuites à condition que le financement indirect et volontaire continue d’affluer.

La question cruciale

Au-delà de toutes ces informations, il y a une question qui reste en suspens et à laquelle chacun doit répondre au cas par cas : suis-je prêt à payer ou à abandonner une application que j’utilise régulièrement du jour au lendemain parce que le développeur aura choisi – contraint peut-être – de changer de modèle économique ?

Autrement dit, est-ce que je suis capable d’abandonner certaines fonctions de ma vie numérique quotidiennes car elles pourraient être hors de ma portée d’un jour à l’autre ?

Imaginer des options payantes dès le début de l’utilisation d’une fonction est peut-être une meilleure solution à moyen terme… même si, au fil d’augmentations régulières, elles pourraient également être hors de portée.

Il y a quelques semaines, j’ai listé et comptabilisé toutes les applications payantes que j’utilisais annuellement, de manière privée ou professionnelle pour mes différentes activités (enseignement, photographie, création et hébergement de sites internet). Le montant est astronomique mais assez bien amorti par ma clientèle.

Cela m’a permis d’analyser les utilisations et d’évaluer la nécessité de chaque application dans le but de réduire le volume tout en optimisant les fonctionnalités qui me permettent de gagner du temps, de l’énergie ou de baisser ma charge mentale afin d’être plus créatif.

  • Peut-être que ce même exercice vous interpellerait sur le coût de votre vie numérique ou sur les applications redondantes.
  • Lister les applications « gratuites » que nous utilisons au quotidien pourrait être un bon complément à ce premier exercice.


Mon exemple

Voici mes résultats (novembre 2023)

Applications payantes, avec abonnement

Comme personne privée, je pourrais bien sûr biffer une partie de ces applications mais la somme totale pour un usage uniquement personnel reste importante.

Ne sont pas incluses dans cette liste, les applications achetées en une fois (sans abonnement).

Les applications « gratuites »

Je pourrais me passer d’une partie de ces applications si elles devenaient payantes, je me passe déjà des fonctionnalités supplémentaires obtenues contre financement. De toutes ces applications, ce seraient sûrement celles de communication qui seraient les plus ennuyeuses à perdre.

Le monde numérique est en constante évolution, ces derniers jours nous l’ont bien montré. Il est nécessaire, parfois, de s’arrêter et de réfléchir sur l’usage que nous en faisons et sur les choix que nous sommes prêts ou non à effectuer. Cela nous évitera de nous retrouver ébouillanté dans la marmite magnifique et terrifiante du monde numérique.

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